07 – Ma journée à l’hôpital

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En ce moment, je m’occupe de préparer mon portfolio, je le trouve mieux qu’il fut jusqu’à présent, j’ai juste un peu peur que le ton ne plaise pas à tout le monde, mais eh, il faut ce qu’il faut! Pendant la moitié de la journée où je n’étais pas à Indievelopment (que je n’ai que peu fréquenté parce que visiblement mon agoraphobie n’est pas totalement guérie, mais j’y travaille), j’ai travaillé sur mon petit dépotoir à travaux. Se faisant, j’ai redécouvert des boulots dont j’avais toootalement oublié l’existence, dont ceci. Doser. Une vidéo.

Outre le fait que cette vidéo est desservie par un jeu d’acteur moyen (on s’en fichait, on était noté sur la post-prod’), elle a fait remonter des souvenirs amusants dans ma mémoire, ceux qui me suivent depuis trois ans seront déjà au fait de cette histoire, mais j’ai tout de même envie de la remettre ici, dans un coin, parce que ça me fait toujours plaisir de m’en souvenir et de la raconter.

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C’était un jour de grisaille sur Annecy, l’on devait tourner dans un endroit n’inspirant que peu de confiance. Un truc sale, un truc glauque. On a rien trouvé de mieux que le vieil hôpital, qui devait être détruit depuis quelques années déjà sans que rien n’ait été fait: Amiante partout, justice nulle part. Mais les bâtiments étaient encore là, dressés fièrement vers les nuages gris, imposantes silhouettes vides de toute présence humaine, pensait-on. Nous sommes arrivés en début d’après-midi, avec mon meilleur ami, une demie douzaine de camarades de classe, des appareils photo et un pied pour stabiliser nos jolies images.

Nous avons fait le tour de l’endroit, puis avons trouvé une entrée où visiblement d’autres que nous avaient déjà décidé de passer sous un grillage découpé à la va-vite. Nous nous extirpons tant bien que mal en essayant de ne pas nous recouvrir de boue au passage, puis nous réfugions dans le premier bâtiment que l’on atteint. Là, nous trouvons moult pièces vides, des décors enfantins, des couleurs pastel, pas de doutes, c’est l’endroit où l’on devait s’occuper des tout petits. Presque toutes les surfaces ont été recouvertes de tags de plus où moins bon goût. Nous décidons de tourner ici. Les heures passent, les prises s’enchaînent, une fois le travail terminé, nous rangeons le matériel dans nos sacs et tandis que beaucoup de nos camarades partent, quatre d’entre nous décidons de nous promener un peu plus dans cet endroit. Je mitraille de photos avec mon téléphone portable. Nous entrons dans l’hôpital par une fenêtre, montons dans les étages, sursautons au moindre claquement de porte. On se bat avec des bouts de poutres qui traînent dans le coin, on évite soigneusement ces endroits recouverts de bris de verre, et on s’extasie devant le calme qui règne sur cet endroit.

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Non loin, on entend les bruits de la circulation, entre les murs, le silence est pesant, mais appréciable. Nous sortons finalement vers la fin de l’après-midi, et apercevons quelqu’un, au loin. Tressaillements collectif. Le gardien. On est pas censés être là, et on le sait. Il nous crie de ne pas bouger, tandis qu’il se rapproche. Il a un bâton de bois dans une main, une grosse torche électrique dans l’autre. On se regarde plutôt inquiets, mon meilleur ami nous dit de le laisser parler, et on l’écoute parce qu’en général, il se débrouille plutôt bien.

Le gardien arrive presque à notre hauteur, il reste un peu en retrait par rapport à nous. Il nous dit qu’on est pas censés être ici, qu’il va falloir appeler les autorités, qu’on aurait dû y penser avant. J’ai pas mes papiers sur moi, ça m’embête pas mal cette histoire. Là, mon meilleur ami prend la parole, et comme à son habitude, laisse parler son éloquence naturelle. Oui mais vous comprenez monsieur, on s’était adressé à la mairie parce qu’on savait qu’il fallait le faire, pour obtenir un droit de visite, mais ça prend du temps, et nous on a dû faire un tournage, parce qu’on doit rendre un devoir à la fac, on aurait aimé vous avertir, mais on était pas sûrs que vous diriez oui, et on en a besoin pour notre année.

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Là, petit silence. Le gardien regarde brièvement nos sacs, le pied qu’on trimballe sort de l’un d’eux. Il se met à sourire: « Hey, vous faites de la photo? Parce que j’adore la photo, j’en fais moi-même! Je comprends que vous trouviez cet endroit attirant, il y a tellement de chouettes prises de vues à faire! Allez, venez, je vais vous faire visiter, y’a des endroits qui sont fermés, mais j’ai les clés! »

On est tout penauds, on s’attendait définitivement pas à ça. On se regarde, tape dans le dos du pote aux points de charisme judicieusement distribués, et on suit le gardien docilement. Nous visitons le bâtiment dans lequel nous ne sommes pas allés jusque là. Il nous ouvre l’accès à la chapelle, c’était sans doutes un chouette endroit, autrefois, mais à l’instant où nous le visitons, entre les fresques pleines de tags, les vitraux brisés, et des tas d’objets visiblement disparus, c’est plutôt tristoune. Le manque de luminosité nous empêche de prendre de bonnes photos, même avec l’aide de la torche de notre nouvel ami. Ce dernier nous guide dans les couloirs, et nous arrivons vers ce qui fut autrefois une réserve d’apothicaire, qui a été transformé au fil du temps en bibliothèque. Là, plein de casiers de bois sont renversés un peu partout sur le sol, recouverts de poussière. Des gens ont piqué les livres, nous dit-on. Ils n’ont pas attendu longtemps après la fermeture de l’hôpital.

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Il commence à se faire tard, et nous devons encore trier les rush, puis monter tout ça. Nous en faisons part au gardien qui tient à nous amener dans un dernier endroit avant de partir. On ressort du bâtiment, avant de rentrer par une autre porte: Bim, la morgue. Il y fait plus froid que dehors. On y croise les grands frigos, comme dans les films. Ils sont moins nombreux, mais plus imposants. « On pourrait en faire entrer une et demie comme Maïté, là-dedans », nous balance le gardien avant de nous diriger vers la sortie. Nous passons au poste de surveillance, une grande pièce entièrement vitrée, qui comporte entre autres choses, deux ou trois posters de demoiselles en bikini, un mini frigo, un immense bureau plein d’écrans cathodiques hors d’état de marche, et quelques téléphones deçà delà. On est saisis par l’odeur de café froid qui emplit la pièce, à l’époque, j’étais vaguement dégoûtée, tandis qu’aujourd’hui, c’est l’un de mes éléments de survie de base au bureau.

Le gardien nous raconte qu’il était photographe pendant un moment, qu’il faisait des voyages pour trouver de nouveaux endroits à immortaliser, des endroits déserts, parce qu’il les trouvait plus beaux. Je le comprends. Un de mes rêves est d’aller un jour à Pripyat après tout. Il nous donne à chacun son numéro de téléphone portable ainsi que de quoi le contacter sur Facebook, nous invite à partager nos propres clichés avec lui, puis nous laisse repartir, parce qu’il doit refaire une ronde.

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Si on m’avait dit, le matin même, que notre journée de tournage se terminerait par une visite guidée d’un hôpital désert avec un gardien amoureux de la photographie, je me demande si je l’aurais cru.

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10 – De la différence de mentalités

Iench
Lampe croisée UN PEU AU HASARD à Utrecht #LeBonGoût

Depuis que je suis aux Pays-Bas, je vis dans le froid, et je me suis accoutumée à celui-ci. Au début, c’était pas facile, je grelottais, mais je m’efforçais tant bien que mal de ne pas trop augmenter le chauffage de peur de pourrir mes charges et d’avoir un loyer pas joli joli. Je me réfugiais donc sous la couverture en tremblotant, pc sur les genoux, en priant pour le meilleur. Étonnamment, je ne fusse pas malade une seule fois pendant cette période. Le froid était tel un petit animal à apprivoiser, qui vous mordille pour vous tester lors de vos premiers contacts. Au début, je sentais ces petites attaques, mais le temps est passé, et j’ai fini par m’y faire, et ses morsures me laissaient alors indifférente.

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