06 -Vous êtes importants

anxiolytruc

Si un jour on m’avait dit « jeune fille, tu travailleras dans la communication » à un moment donné de mon existence, je ne sais quelle aurait été ma réaction. Je pense que j’aurais ri, nerveusement, incapable de croire à une telle blague, et pourtant aujourd’hui, me voilà, à vouloir me lancer dans le Community Management, et à plutôt bien réussir mon coup, jusqu’ici.

Pour qui n’a pas eu l’occasion de me connaître quelques années en arrière, j’ai traversé beaucoup de périodes de dépression. D’aucuns qualifieront ça de « maladie imaginaire » (c’est vrai après tout, tu n’es pas physiquement blessée), d’autres de « maladie de riche » (tu as de quoi manger, un toit sur la tête, ceux qui ne peuvent en dire autant n’ont pas le loisir d’avoir assez de temps pour déprimer). Qu’importe: C’est quelque chose qui est là, et malgré une très grosse amélioration globale de mon état, il m’arrive encore parfois de traverser des crises où, même entourée, même cajolée, rien ne va. On se sent comme un fardeau, on se demande si l’on remarquerait notre disparition, on se dit parfois même qu’il faudrait passer à l’acte, pour avoir une paix sans fin: Un moyen définitif de remédier à des problèmes temporaires. On se sent coupable de voir les autres s’occuper de soi, alors on se cache.

Avant, même, je souffrais de phobie sociale pour couronner ce joyeux portrait. Sortir était un calvaire, se confronter à autrui paraissait insurmontable. Je prétextais une douche ou une sieste pour n’avoir pas à répondre au téléphone, j’en avais bien trop peur, et demandais à qui m’accompagnait de payer mes articles à ma place afin de n’avoir pas à me dresser devant la caissière. Des personnes rient? C’est sûrement de ma faute. Mes cheveux? Un truc qui dépasse de mon pantalon? Une tâche? Mon dieu. C’est sûrement une tâche. Les oraux furent (sont encore, j’y travaille) d’innommables tortures: On se sent jugé, on rougit, on se cache, les gens sentent qu’on se cache, ils chuchotent, ils rient, on voudrait disparaître. Fut un temps où ça avait pris des proportions si énormes, que je fus incapable de sortir de chez ma soeur, à Lyon, pendant des vacances, puisque chaque contact avec l’extérieur me donnait l’impression que j’allais tomber dans les pommes, ou que j’allais vider mon estomac de mon précédent repas dans un espace public. A ce point.

Mais de fil en aiguille, je réussis à soigner tout ça. Je ne suis pas encore totalement à l’aise avec le téléphone, mais je n’ai plus besoin de personne pour parler à ma place. Si stupide que ce soit, je pense devoir cette amélioration à Internet. Outil du diable pour toutes ces personnes qui n’ont pas à s’en servir (« gnééé ça aspire le cerveau des jeunes! »), bénédiction pour ceux qui, comme moi, n’osent pas parler à leur entourage direct de peur d’être jugés, ou rêvent juste de passer pour autre chose. Comme j’en ai dit, des mensonges, comme j’en ai inventé, des choses, sur le net. Je n’en suis pas fière. J’ai beaucoup inventé. J’ai énormément mythoné comme disent les jeunes. Mais me voilà, aujourd’hui, assez bien dans ma peau pour n’avoir plus besoin de me cacher derrière de fausses affirmations. Pour avoir besoin d’inventer une identité qui ne me correspond pas. Pour avoir besoin d’enjoliver ou de dramatiser ce qui se passe réellement.

Internet m’a toujours fourni une place, quelque part, pour me défouler, pour extérioriser. Peu importe si l’on ne lisait pas mes pensées, l’idée toute simple que je puisse poster ce qui me passe par la tête me faisait du bien. Dessiner pour extérioriser faisait du bien. Pouvoir faire du Roleplay sur des forums et pouvoir incarner un autre personnage m’a énormément aidée, et depuis mon inscription sur Twitter, tout va pour le mieux. Twitter, c’est tous les gens avec lesquels tu aimerais, un jour, faire un banquet immense, et parler de choses et d’autres jusqu’au lever du jour, voire même un peu plus longtemps. Aujourd’hui, je suis fière de me dire que je bats chaque jour un peu plus ma timidité, que je n’ai plus besoin de mentir, que je n’ai pas eu à demander d’aide depuis un sacré bout de temps pour interagir avec une tierce personne, et ça fait un bien fou.

Je vais travailler dans la communication, parce que j’ai des trucs à dire, que j’ai envie de faire rire les gens, et envie de donner de mon temps pour parler de choses qui me tiennent à coeur. Je ne dessine plus, parce que c’était principalement un moyen de faire sortir toutes les choses qui empoisonnaient mon esprit, et je n’en ai plus guère besoin.

Gens de l’Internet, pour tout ce que vous avez su m’apporter, pour tout ce que j’ai appris de vous, pour tout ce que vous continuez à m’apporter un peu plus chaque jour, j’aimerais vous remercier, chacun un petit peu, parce que vous êtes quand même vachement plus goûtus qu’une poignée d’anxiolytiques, et que vous mettez de la couleur dans mon existence au lieu de m’abrutir (ENCORE QUE). Pour ceux que j’ai pu voir, avec qui j’ai pu parler, rire, avec qui j’ai pu boire à en faire des câlins à des chaises, avec qui j’ai parfois pleuré, avec qui j’ai passé du temps, gens qui ont fini par devenir des amis en vrai de vrai, gens toujours attentifs, toujours ouverts,

Gens de l’Internet, merci ❤

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