01 – Changer des trucs? Pour qui? Pour quoi?

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C’était un week-end moche. Pas qu’il ait fait particulièrement mauvais, mais il a fait froid, et le week-end, c’est le parfait moment pour réfléchir dans son coin, sous une couette plus où moins épaisse, en regardant dans le vague, une petite briquette de Chocomel à la main. Le problème, c’est que quand je réfléchis, je le fais trop. Je repère un petit bout de peluche tombée de mon manteau par terre, alors je me dis que c’est pas forcément une qualité de foufou, que c’est probablement fabriqué en Chine, que des petits enfants l’ont peut-être fait pour ramener de l’argent chez eux, que je suis un monstre, que parfois les monstres sont gentils, comme les Digimon, et je me demande ce que feraient les Digimon pour sauver tous ces enfants travailleurs.

Mais y’a pas de Digimon, y’a juste une dure réalité qui nous rappelle que quoi qu’on foute, on encourage plus où moins sans le vouloir un monde qui ne tourne pas correctement. Alors je me demande ensuite quelle est ma légitimité à moi, en tant que Community Manager qui tente de promouvoir un jeu vidéo, dans un monde où des gamins travaillent au lieu de jouer, où des gens se font endoctriner pour alimenter des conflits stériles, et où l’honnête travailleur s’échine à ramener de l’argent pour vivre décemment tandis que d’autres s’en mettent plein les fouilles sans même se présenter au travail? Quelle est l’utilité profonde de mon travail? Promouvoir un loisir, alors que beaucoup ne peuvent, n’ont pu, ne pourront s’y adonner?

C’est très égoïste de tout ramener à soi, mais se rendre compte que dans ce monde immense, on est qu’un grain de poussière, bien peu de chose dans l’immensité qui nous entoure, c’est dur, très dur. Avoir conscience de sa propre insignifiance est une bénédiction autant qu’un fardeau. Je sais qu’à moi seule je ne puis changer quoi que ce soit à mon échelle. J’ai vu des gens essayer, je les ai vu échouer, disparaître, ou réussir à transmettre un message dont le monde se fout, tout en mettant leur existence même en danger. Si je voulais moi-même changer les choses, le voudrais-je pour un monde qui n’a l’air d’avoir que faire du changement?

Alors l’on pèse le pour, le contre. On se dit que quoi que l’on fasse, il y aura toujours quelqu’un, quelque part pour corrompre un système qui fut fondamentalement bon, il fut un temps. Sur le papier. On admire ces personnes qui se sont levées et ont essayé de mobiliser les masses pour des causes justes: La vérité, le droit au savoir pour tous, la paix, tout simplement. On se dit qu’on aimerait y croire. Je me dis que j’aimerais y croire. Je me dis que j’aimerais aider à changer les choses. Après je me demande si j’aimerais changer quoi que ce soit pour un monde qui idolâtre des troupes d’idiots s’exposant à la télévision sans la moindre pudeur pour avoir de quoi meubler les conversations près de la machine à café. Un monde qui, malgré tout un tas de préceptes religieux prônant « la paix » se fout constamment sur la gueule. Un monde où la plus grande reconnaissance qu’on accorde à Einstein c’est d’avoir une photo trop cool où il tire la langue parce que ça rend super bien avec une citation pseudo-intello sur Facebook.

Alors je bois une autre gorgée. Puis je soupire. Alors, je me souviens pourquoi je suis constamment en train d’aduler les jeux vidéo: Tu peux être un paysan perdu au fin fond d’un village perdu, si on te dit que tu peux changer le monde, tu sais que tu vas le faire, parce que c’est écrit. Toi, tout seul, ta b… Ta barbe et ton couteau. La plupart des conflits y sont manichéens, et tu sais que tu auras probablement droit à un happy ending. Que tu pourras t’évader dans de vertes contrées. Regarder un générique de fin super long que tu n’arriveras pas à passer, mais ah, quelle satisfaction que d’avoir aidé à tout remettre dans l’ordre, même si c’est « pour de faux ».

Ce week-end, je me suis rendue compte avec horreur que je mets plus d’ardeur à sauver un tas de mondes imaginaires parce qu’ils me font rêver, là où celui qui me prodigue de quoi vivre me fait de plus en plus vomir chaque jour, le temps de donner un simple coup d’oeil sur les faits d’actualité.

En vérité, j’envie les hommes des années passées qui nous imaginaient avec des cités lumineuses, des voitures volantes et tout. Parce que maintenant, le futur, il fout tellement les boules qu’il est ma principale raison de ne jamais vouloir avoir d’enfants.

… Et donc tout ça à partir d’une peluche tombée au sol. Il est temps pour moi d’aller sauver un autre monde imaginaire, ça fait déprimer de réfléchir.

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